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jeudi 11 juillet 2013

Le sacré se déploie dans un instant d'Épiphanie....


Yannick Haenel

Je suis venu à Rome parce que je voulais tout. Je voulais voir toutes les églises, tous les tableaux, toutes les sculptures, me faufiler dans chaque rue, savourer chaque détail, entrer dans le filigrane de chaque instant. Je voulais jouir des matins, aimer les nuits, connaître les corps. J'attendais la métamorphose.

Le sacré se déploie dans un instant d'épiphanie et ruisselle dans l'ouverture d'un coin de nuit. Juste une frange de pensée qui se soulève. C'est ainsi que durant mon séjour à Turin, j'eus la sensation, chaque jour plus nuancée, d'évoluer dans une promenade spirituelle. Les pins, les bouleaux m'accueillaient, les cyprès bien serrés m'accueillaient dans leur fraîcheur. Je restais là, respiré par les arbres. 

Le temps parfait existe. le temps accède à la perfection dans l'ivresse. L'ivresse est un point de joie. C'est de la contemplation que vient l'ivresse. J'étais ivre parce que les parfums, les couleurs débordaient, mon corps tournait dans la lumière. L'ivresse est la clé du calme.

... à cette manière anxieuse et douce qu'on a de vivre lorsqu'on écrit un livre.
... C'est cela pour moi, la véritable ivresse : cet instant où la parole se lève. 
... Et les rires glissent sur la peau comme des baisers.
... c'est l'heure des éclairs supérieurs." disait Rimbaud

Je lis Le sens du calme de Yannick Haenel

C'est magnifique!

Et moi, je me prépare doucement pour l'Italie!!! Et dans le même esprit: je veux tout, tout savoir et tout voir, aussi!

mardi 9 juillet 2013

L'écriture, éblouissante expérience...



Yannick Haenel est écrivain et co-créateur de la revue Ligne de risque. Par ses travaux, il appelle à l'insurrection personnelle.


Je lis Le sens du calme de Yannick Haenel


Lire, c'est rallumer à chaque instant l'étincelle sensuelle des phrases, et d'en jouir. Cette jouissance est illimitée. C'est l'élément même de la littérature. J'aime particulièrement cette étincelle dans le Saint Julien de Flaubert: c'est un matin d'hiver, Julien est parti avant le jour, seul, avec une arbalète et un trousseau de flèches; il s'approche d'un bois, accompagné de ses trois chiens de chasse. Et Flaubert note ceci: "Des gouttes de verglas se collaient à son manteau". Ces gouttes n'ont aucune utilité dans la narration: elles s'offrent en plus, comme un bijou. À travers elles, c'est la jouissance du texte qui vous salue, sa richesse qui crépite. Les gouttes de verglas sur le manteau de Julien participent de cette orgie de détails qu'est la littérature.

Il n'y a qu'un seul pays, celui qui déjoue les appartenances: ce territoire enchanté, noble et terrible, qui prend la forme d'un éclair, d'un vertige, d'un paragraphe, et vous ouvre à la dimension intérieure du langage. C'est l'autre pays. Son existence ne dépend pas du hasard.

Il n'y a plus d'obstacle: rien que les phrases qui luttent pour exister. Je cherche en tous lieux, l'occasion  pour le poétique de s'éveiller. Pour l'écrivain, c'est se rendre disponible à chaque instant pour l'arrivée du langage. L'événement le plus décisif aujourd'hui, c'est la possibilité, dans une vie, de faire l'expérience poétique. J'étais si concentré sur ce qui allait venir - sur cette venue étrange dont je voyais partout le signe - qu'il m'était impossible de faire le moindre effort pour autre chose. J'ai sorti le livre, et au hasard j'ai lu: "Éprouver le bonheur jusqu'à la terreur de l'esprit." Tout de suite, une chaleur a serpenté dans mes veines, et ma tête souriait comme sous l'effet d'une bonne grappa.

La pensée chemine entre les corps. Je me dispose chaque jour à recevoir cette chose dont j'ignore le nom. Quelque chose s'écrivait à travers moi, un souffle d'arabesques étranges, dont le filigrane se dessinait dans les veines de mon poignet, et ma joie s'élargissait.


Ce livre m'émeut. Nous l'avons offert à Maude, parce que sa dynamique personnelle d'écriture fera corps avec les mots de Heanel.