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mercredi 31 juillet 2013

Une femme mystique: Etty Hillesum




Etty Hillesum (1914-1943), figure spirituelle juive, auteur d'un Journal.

Les parents d'Esther sont tous deux juifs. Elle a deux frères, Jaap étudiant en médecine et Mischa, musicien au talent exceptionnel. Elle commence par étudier l'hébreu puis part étudier le droit à Amsterdam et, en 1939, elle fait une maîtrise en droit public. Elle déménage dans une maison de rapport tenue par un veuf qui l'a engagée comme gouvernante. Ils ont une liaison et elle vivra chez lui jusqu'à son départ définitif pour le camp de concentration de Westerbork, en juin 1943. Sensible et passionnée, Etty traverse des périodes  dépressives et cherche un sens à sa vie. En 1941, elle fait la rencontre du psychologue et chirologue (analyse de la personnalité à partir des mains), Julien Spier, cinquante-quatre ans, qui aura un impact majeur sur son développement psycho-spirituel. Il a suivi des cours en psychanalyse sous la direction de Carl Gustav Jung. Elle décide d'entreprendre une thérapie avec lui tout en exerçant des fonctions de secrétaire à ses côtés. Elle commence la rédaction d'un Journal intime. 

À cette époque, la situation des juifs s'aggrave d'une façon alarmante aux Pays-Bas, les juifs sont exclus des universités et le père d'Etty est destitué de son emploi de directeur au lycée de Deventer. Tous les juifs du pays sont recensés, les informations obtenues permettront ensuite d'organiser plus efficacement les rafles des juifs. Le 7 juillet 1942, Berlin décide  du destin des juifs hollandais: la "solution finale", l'extermination.  Le 20 et 21 juin 1943, 5 524 juifs sont déportés à Westerbork parmi lesquels ses parents et son frère Mischa. Le 7 septembre 1943, Etty, Mischa et leurs parents prennent place dans le train vers Auschwitz, Etty Hillesum, âgée de vingt-neuf ans, aurait péri le 30 novembre 1943. Dans ce contexte historique bouleversant, Etty Hillesum a écrit 78 lettres retrouvées ainsi que onze cahiers.

Spier l'aide à descendre dans les profondeurs de son être pour y rencontrer bientôt ce qu'elle appellera "Dieu". Elle apprend à s'agenouiller, geste embarrassant au début, mais dont elle ne pourra plus se passer. Bien que la terreur augmente de jour en jour, elle apprend à renouveler ses forces en se retirant en elle-même comme dans une cellule de monastère. Réalisant que Dieu ne peut  plus vraiment venir à son aide, elle décide que c'est à elle d'aider Dieu. En prenant pour principe d'aider Dieu, elle se rend disponible aux autres et elle se met à leur service. Etty ne considère pas que Dieu soit responsable et coupable envers l'homme mais que celui-ci l'est envers lui. Malgré tout ce qui se passe autour d'elle, elle maintient que la vie est belle et riche de sens. Elle se sent héritière d'un grand leg spirituel, cet héritage est celui d'un amour pour tous. Chaque atome de haine ne fait que rendre ce monde encore plus inhospitalier, cette terre ne pourra redevenir habitable que par cet amour "De quoi me servent toutes choses, si je n'ai pas l'amour" (1 co XIII). Elle croyait fermement que toutes les divisions entre les humains et les nations n'existaient plus en elle.

Le "religieux" n'est plus rattaché à une institution, comme auparavant. Ce qui explique en partie la raison pour laquelle Etty attire autant les croyants que les non-croyants. Elle est une femme inspirante et réconfortante.  

Extrait d'un texte d'Alexandra Pleshoyano. Je lis Les Femmes Mystiques sous la direction d'Audrey Fella

Etty, c'est "ma" sainte du XXe siècle, ses réflexions me pénètrent et lentement me changent. Je l'aime! 

mardi 12 juillet 2011

Une jeune femme, Etty Hillesum, s'est laissé saisir par Dieu...


Etty Hillesum est une des mystiques du dernier siècle qui peut parler aux hommes et aux femmes de notre temps. Etty est une jeune fille juive. Elle ne fréquente pas la synagogue, n'a pas de pratique religieuse particulière, elle ne semble pas connaître d'Église chrétienne. Son chemin de foi est passé par un thérapeute qui l'a aidée à se libérer de certains blocages pour trouver son unité intérieure. Ce thérapeute, certes, est devenu son amant mais surtout, il a été le messager qui l'a conduite à une véritable connaissance de Dieu. Etty nous fait découvrir Dieu qui se révèle hors de l'Église chrétienne. Elle n'a eu pour terre de croissance que quelques amis engagés, le partage de vie avec son peuple déraciné, et le camp de Westerbork devenu pour elle, temple de la présence de Dieu au milieu de tant d'horreurs et de souffrances.

Beaucoup de personnes en difficulté aujourd'hui avec l'Église vont trouver une lumière et un chemin vers Dieu à travers Etty. Dieu n'est pas lié aux structures d'une Église. Dieu est souverainement libre.

Dans un monde épouvantable en Hollande, comme dans toute l'Europe durant l'occupation nazie, Dieu s'est manifesté dans la vie de cette jeune femme juive. Dieu n'était pas absent de ce monde. Dieu n'empêche ni le mal ni la haine.

Le cri d'Etty était :"La vie est belle!" même dans les situations les plus horribles. Elle est libre d'être elle-même, libre d'aimer parce qu'elle est en Dieu.

Ce texte est de Jean Vanier, en préface du livre: Etty Hillesum, témoin de Dieu dans l'abîme du mal, écrit par Yves Bériault. Je me plonge à nouveau dans cette vie sublime et tourmentée avec une grande soif de ces paroles capables de me percuter dans une dimension de vertige spirituel.

Références antérieures sur ce blogue:

Etty Hillesum, 19/01/10
L'univers intérieur de Etty Hillesum, 20/01/10
L'éternel exercice, 02/02/10

mercredi 20 janvier 2010

L'univers intérieur de Etty Hillesum


- je vais te promettre une chose, mon Dieu, oh! une broutille. Je vais t'aider à ne pas t'éteindre en moi.

- j'ai eu une bonne conversation avec moi-même, profondément recueillie, je marchais et je me suis sentie comme une vieille divinité enveloppée dans un nuage. C'était le nuage de mes propres pensées qui m'enveloppait et m'accompagnait.

- si je parviens à me comprendre complètement, je comprendrai l'humanité entière.

- ce soir, nouvelle disposition concernant les Juifs, je me suis octroyée une demi heure de dépression et d'angoisse pour cela.

- la jeune fille qui ne pouvait pas s'agenouiller et qui a appris à le faire sur le rugueux tapis de sisal dans une salle de bain en désordre. J'éprouve beaucoup de gêne pour cet acte qui me semble tout aussi intime que les actes d'amour dont on ne peut pas parler, à moins d'être poète....

- je crois que je connais et que j'expérimente toutes les tristesses et les circonstances malheureuses qu'un être humain puisse expérimenter mais je ne m'y attarde pas, je n'éternise pas ces moments d'agonie. Ils me traversent comme la vie elle-même, comme un vaste et éternel courant. Je garde toutes mes forces, je ne les immobilise pas par une tristesse stérile. Pas une seule parcelle de ma force ne doit être retranchée par la haine, une haine inutile envers les soldats.

- je dois répartir ma grande tendresse en mille petites tendresses: pour un chien dans la rue, pour un fleuriste âgé... Dans cette nuit printanière, alors que je rentrais de chez-lui en vélo, j'ai répandu dans la nuit ce grand amour. J'en ai lancé aux étoiles, j'en ai jeté dans les buissons au bord de l'eau...

- je suis étendue sur mon lit et je contemple la nuit par la fenêtre ouverte, une nuit renouvelée. Et je sais que je n'aurai jamais besoin de voyager puisque tous les paysages de la terre me rendent visitent la nuit par le paysage toujours changeant à ma fenêtre. On a les ailes dont on a besoin pour voler au travers de tous les murs vers le ciel.

- on ne doit jamais faire d'une personne, peu importe à quel point on l'aime, le but de sa vie. La vie elle-même sous toutes ses formes est l'objectif.

- ce sont des temps d'effroi, mon Dieu. Cette nuit, je suis restée éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrances humaines défilant devant moi. Une chose m'apparaît toujours plus évidente: Dieu, tu ne peux pas nous aider! C'est nous qui devons t'aider et ainsi, nous aider nous-mêmes. La seule chose qui compte c'est la parcelle de toi en nous, en te déterrant dans le coeur martyrisé des autres.

- j'ai assez de force pour la grande, l'héroïque souffrance mais pour le moment, ce sont plutôt les milliers de petits soucis quotidiens comme la vermine qui nous assaillent et nous mordent soudainement. Et je me gratte.

- quelque part en moi, je suis si légère, si magnifiquement exempte de rancoeur. Il y a de ces grandes certitudes en moi, la vie est belle et je me sens heureuse...

- dans les êtres humains, je trouvais parfois un geste ou un regard dont ils avaient vraisemblablement à peine conscience et qui les élevaient au-dessus de leur propre niveau. Et je me sentais ainsi le gardien de ce geste ou de ce regard...

- avoir assez d'amour en soi pour être en mesure de pardonner à Dieu!

- j'irai chercher et déterrer Dieu dans le coeur des êtres humains que je rencontrerai partout sur cette terre.

Etty Hillesun

Paroles tirées du livre "J'avais mille choses à te demander", cahiers recueillies par Alexandra Pleshoyano.

Le jour de sa déportation vers Auschewitz, le 7 septembre 1943, Etty choisit d'embarquer dans un autre wagon que celui où se trouvaient ses parents et son frère. On ne l'a plus jamais revue.


mardi 19 janvier 2010

Etty Hillesum



Les écrits de cette jeune femme morte à Auschwitz se sont accrochés à mon âme et ils m'ont complètement bouleversée. J'ai toujours été fasciné par les personnes qui ont expérimenté le cadeau de la foi. Quand je suis allée à la cathédrale Notre-Dame de Paris, j'ai repéré la colonne où Paul Claudel avait reçu son moment de grâce. Je me suis recueillie et avec une intensité puérile j'ai prié pour vivre aussi cette illumination. J'ai attendu. Vainement... Et je la demande encore parfois, secrètement dans le fond de mon coeur. J'aimerais comprendre comment cela peut arriver. C'est pourquoi j'ai tellement aimé lire la vie de Thérèse d'Avila. La quête de ce mystère resurgit parfois inopinément. Et cela me trouble. Il est de ces livres, qui pour une raison mystérieuse, rejoignent des coins mal défrichés de l'âme et qui symboliquement me donne une certitude éblouissante d'avoir gravi "une marche" dans la Lumière. Ce livre en est un.


Etty est une sainte des temps modernes comme l'est Simone Weil. Elle incarne la figure du croyant en marge des églises institutionnelles. L'étau se resserre de plus en plus autour du peuple juif et elle refuse toutes les offres de se cacher ou de s'enfuir. Elle décide de partager le sort de son peuple. C'est dans un contexte de chaos infernal que ses écrits ont été rédigés.


Plus cette jeune femme découvre un espace infini en elle-même, plus elle découvre un espace habité par une présence indicible. Elle fait la rencontre de son Dieu en tous lieux et en tout temps. Elle éprouve une joie intérieure mystérieuse et elle parvient à percevoir la beauté et la bonté de la vie malgré toutes les horreurs et les désespoirs qui l'entourent. Plus la terreur des Juifs augmente et plus Etty a l'impression d'être abritée par les murs d'un monastère en elle-même. Sa foi demeure incompréhensible pour son entourage. Elle fait l'expérience de la plénitude du vide et cela la conduit au détachement et au lâcher-prise de tout ce qui relève du monde sensible. Elle accepte tous les paradoxes de l'existence, le bien comme le mal et toutes les souffrances de son existence. Etty a l'impression de tout porter en elle, la création, les êtres humains, Dieu et tous les siècles. Elle se donne pour mission de trouver un abri pour Dieu dans le plus de coeur possible.


Extrait d' une étude de Alexandra Pleshoyano


Mystérieux propos sur l'amour.... J'écrirai des extraits de son Journal parce que ses paroles habitent encore mes pensées. Il y a une dizaine d'années, j'ai lu "Une vie bouleversée" et je n'ai depuis, jamais oublié cette femme d'exception. Quelque chose d'indéfinissable, de bon, s'est logée en une partie secrète de mon être. Et il m'arrive parfois de revivre à nouveau ce moment de clarté spirituelle.