mercredi 19 mars 2014

Blaise Cendrars, un poète s'en va en guerre...


Blaise Cendrars par Amédéo Modigliani

"Il pleut dru sous les tirs de barrage. Le feu foudroie le caporal Sauser, qui continue d'avancer, tel un mort vivant, avant de s'effondrer. Le bras droit du poète n'est qu'une plaie béante; sa bataille est terminée mais sa guerre n'aura pas de fin. Il sera amputé. "Si l'esprit humain a pu concevoir l'infini c'est que la douleur du corps humain est également infinie et que l'horreur elle-même est illimitée". Cendrars apprend péniblement à écrire de la main gauche. Le caporal Sauser est naturalisé français. Piètres consolations pour le malheureux manchot assailli de spectres et de cauchemars. Un deuxième fils naît; Fela voulait cet enfant, il s'appellera Rémy.

Cendrars renoue avec les peintres et poètes, Modigliani, Chagall... qui se rassemblent au Café de Flore. Picasso déclare qu'il est revenu de guerre avec un bras en plus. Apollinaire blessé à la tête raconte partout qu'il a "la tête étoilée" mais lui, la guerre lui a  fait perdre le goût de vivre. Il publie La guerre au Luxembourg, son premier livre écrit de la main gauche, le livre d'un revenant harassé par la tristesse du monde. Il a envie de meurtres, de mort, se saoule et se querelle.


Blaise Cendrars 1887-1961

Cendrars a trente ans. Dans la nuit du premier septembre 1917, le gaucher écrit d'une seule traite le scénario d'une étrange apocalypse inversée. C'est sa plus belle nuit d'écriture, une expérience mystique, inattendue, "le début de son aventure d'homme, d'amant du secret des choses" (L'Homme foudroyé). Il a trouvé la cellule intérieure où il communie avec le Verbe, le monde. Il engendre une prose totalement nouvelle, il atteint la compénétration de l'univers, de la vie intérieure et de la parole. Il se sent désormais capable de faire ce que Rimbaud n'a pas fait: revenir en changeant tout.

Je lis Album Cendrars, commenté par Laurence Campa.

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